Goreth Habonimana — Une voix qui continue de transmettre la mémoire d’Amabano
De la scène d’Amabano à la transmission aux nouvelles générations, le parcours d’une voix importante de la musique burundaise.
GORETH HABONIMANA — UNE VOIX QUI CONTINUE DE TRANSMETTRE LA MÉMOIRE D’AMABANO
Une voix inscrite dans l’histoire de la musique burundaise
L’histoire de la musique burundaise moderne s’est construite grâce à des artistes, des orchestres et des voix qui ont accompagné plusieurs générations. Parmi ces voix figure celle de Goreth Habonimana, chanteuse dont le parcours est étroitement lié à l’Orchestre Amabano et à une période importante de l’évolution musicale du Burundi.
Son histoire ne se limite pas à un répertoire ancien. Elle raconte aussi le chemin parcouru par des artistes burundais qui ont porté leur musique sur scène, participé à des enregistrements devenus des repères et contribué à faire connaître leur patrimoine au-delà des frontières nationales.
Aujourd’hui encore, le parcours de Goreth invite à réfléchir à une question essentielle : comment faire vivre une mémoire musicale lorsque les années passent et que les générations se succèdent ?
Des premiers pas au Ballet National
Avant de rejoindre Amabano, Goreth Habonimana évolue au sein du Ballet National, une formation liée au ministère chargé des Sports et de la Culture. Cette première étape l’inscrit dans un environnement où la pratique artistique participe à la représentation et à la transmission de la culture burundaise.
Au début des années 1980, elle rejoint l’Orchestre Amabano. Elle y entre avec d’autres chanteuses, notamment Chantal Nibizi et Amida Hassan, et côtoie des artistes déjà associés à l’histoire de cette formation, parmi lesquels Canjo Amissi, David Nikiza, connu sous le nom de Niki Dave, et Antoine-Marie Rugerinyange, surnommé Africa Nova.
Cette rencontre entre différentes personnalités artistiques contribue à façonner l’identité d’Amabano. Les voix, les instruments, les compositions et les sensibilités individuelles se retrouvent au sein d’un ensemble qui occupe une place importante dans le paysage musical burundais.
Pour Goreth, cette période représente une étape déterminante : celle d’une artiste qui prend part à une aventure collective et contribue, par sa voix, à un répertoire partagé.
Amabano, une aventure musicale qui dépasse les frontières
Amabano fait partie des formations qui ont marqué la musique burundaise de la fin des années 1970 et des années 1980. Son parcours témoigne d’une période de rencontres entre les traditions musicales de la région, les sonorités populaires de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Est, ainsi que les nouvelles formes d’arrangement et d’interprétation.
La formation se distingue notamment par son rayonnement au-delà du Burundi. Elle remporte le concours du Moulin d’Or organisé par Radio Nederland Wereldomroep, puis son histoire se prolonge dans le projet discographique Amsterdam Ticket, associé à cette aventure musicale.
En 1984, Amabano participe également à un spectacle marquant organisé à l’occasion de l’ouverture de la télévision nationale du Burundi. La formation partage alors la scène avec des artistes et groupes de renom venus d’Afrique et d’ailleurs.
Ces épisodes illustrent le rôle que pouvaient jouer les orchestres dans la visibilité culturelle du pays. Ils étaient des espaces de création, de collaboration et de représentation, mais aussi des lieux où se construisait une mémoire musicale commune.
Le nom de Goreth Habonimana s’inscrit dans cette histoire collective. Il rappelle que le rayonnement d’un orchestre ne repose pas uniquement sur ses figures les plus connues : il dépend aussi des chanteuses, des musiciens et de toutes les personnes dont la contribution donne vie aux interprétations.
Une voix au cœur d’un répertoire qui traverse le temps
Le patrimoine musical ne se conserve pas seulement à travers les noms des artistes ou les dates des grands événements. Il vit aussi dans les chansons que les familles, les communautés et les nouvelles générations continuent d’écouter, de reconnaître et de reprendre.
Plusieurs titres sont associés au parcours de Goreth dans l’univers d’Amabano, notamment Mpa inka yanje, Turerere Uburundi, Umuvyeyi et Munzanire. Ces chansons appartiennent à un répertoire qui permet de retrouver une époque, une manière de chanter et une relation particulière entre musique, langue et mémoire.
Les archives consacrées à Canjo Amissi font également apparaître Goreth parmi les voix féminines qui l’accompagnaient dans certains enregistrements. Ce lien entre leurs parcours révèle la dimension collective de nombreuses productions musicales burundaises : une chanson est portée par une voix principale, mais aussi par les chœurs, les arrangements et la complicité des interprètes.
Cette mémoire partagée donne une résonance particulière au travail d’IMIZI. Redécouvrir une chanson, ce n’est pas simplement reproduire une mélodie. C’est aussi retrouver les voix qui l’ont façonnée, reconnaître les contributions artistiques et transmettre aux auditeurs d’aujourd’hui une part de l’histoire qui l’accompagne.
Vivre ailleurs sans abandonner sa musique
Comme de nombreux artistes burundais, Goreth Habonimana poursuit une partie de son parcours à l’étranger. Installée en Belgique avec son époux Emmanuel Sadiki, connu sous le nom de Kirokiro, elle ne laisse pas pour autant la musique derrière elle.
Son histoire rappelle une réalité importante : le déplacement géographique ne signifie pas nécessairement une rupture avec la culture d’origine. La langue, les chansons et les pratiques artistiques peuvent continuer à réunir les personnes, même loin du pays où elles ont pris racine.
La diaspora devient ainsi un espace où le patrimoine se conserve, se partage et se renouvelle. Les chansons circulent entre les générations et les lieux de vie. Elles permettent à ceux qui les ont connues au Burundi de retrouver une partie de leur histoire, tout en offrant aux plus jeunes une porte d’entrée vers une culture qu’ils n’ont parfois pas découverte directement.
Dans ce contexte, le parcours de Goreth dépasse celui d’une chanteuse liée à une époque musicale. Il montre comment une artiste peut continuer à porter une mémoire collective au-delà des frontières.
Transmettre plutôt que simplement se souvenir
Dans un reportage publié en 2025, BBC Gahuza rapporte que Goreth Habonimana continue de chanter des titres d’Amabano et de les apprendre à des jeunes, y compris à des personnes nées après les années 2000. Avec Kirokiro, elle contribue à faire connaître ce répertoire et à maintenir vivante une pratique musicale héritée des générations précédentes.
Cette démarche est essentielle. Une chanson peut être enregistrée, conservée dans une collection ou publiée sur une plateforme numérique ; pourtant, sa transmission ne s’arrête pas à sa disponibilité. Il faut encore que quelqu’un la chante, en explique les paroles, en partage le contexte et donne envie à d’autres de la découvrir.
La transmission demande du temps, de la présence et une relation entre les générations. Elle suppose aussi de reconnaître les artistes qui portent ce savoir, afin que leur expérience ne disparaisse pas derrière les seules traces sonores.
En continuant à enseigner et à interpréter les chansons d’Amabano, Goreth participe à ce passage entre mémoire et pratique vivante. Elle ne se contente pas de rappeler ce qui a existé : elle contribue à rendre ce répertoire accessible à celles et ceux qui pourront, à leur tour, le faire vivre.
Une activité musicale qui se poursuit
Le parcours de Goreth ne se résume pas au souvenir d’Amabano. Sa présence dans la musique continue également à travers des publications récentes.
Le 21 avril 2026, le titre Uraba Wumva Ndaje, interprété par Goreth Habonimana et Marie Rose Twagirayezu, a été publié sur les plateformes musicales numériques. Cette parution rappelle que les voix associées à l’histoire musicale du Burundi peuvent continuer à créer, à collaborer et à rencontrer de nouveaux auditeurs.
Elle souligne également l’importance de documenter les artistes dans la durée. Une archive culturelle ne devrait pas enfermer une personne dans une période passée ni présenter son parcours comme achevé lorsqu’elle continue à exercer son art.
Préserver la mémoire, c’est donc conserver les traces de ce qui a été, mais aussi rester attentif à ce qui se crée aujourd’hui.
Goreth Habonimana et la mémoire musicale d’IMIZI
Pour IMIZI, le parcours de Goreth Habonimana rappelle que le patrimoine musical burundais est porté par des personnes bien réelles : des artistes, des interprètes, des auteurs, des instrumentistes et des passeurs de mémoire.
Leur contribution mérite d’être documentée avec attention, replacée dans son contexte et transmise sans réduire leur histoire à quelques chansons célèbres. Derrière chaque enregistrement se trouvent des voix, des collaborations, des expériences et des trajectoires qui participent à l’histoire culturelle du pays.
L’hommage rendu à Goreth à travers Umugenzi, dans IMIZI Session #2, s’inscrit dans cette volonté de faire dialoguer les générations et de redonner une place aux voix qui ont marqué notre paysage musical. Il ne remplace pas l’histoire de l’artiste : il ouvre un chemin pour continuer à l’écouter et à la découvrir.
À travers ses Archives et ses Sessions, IMIZI souhaite contribuer à cette continuité : recueillir les traces, reconnaître les artistes, faire connaître leurs parcours et donner aux nouvelles générations l’occasion de s’approprier ce patrimoine avec respect et créativité.
Car une mémoire musicale ne reste vivante que si elle continue d’être écoutée, comprise, interprétée et transmise.
IMIZI — Les racines chantent encore.
Sources
- BBC Gahuza Article
- Musicology Gitega Archive
- OkayAfrica Article
- Amazon Music Autre